cYberPoète

mardi 27 mars 2007

Brassens - La mauvaise réputation

Au village, sans prétention,
J'ai mauvaise réputation.
Qu'je m'démène ou qu'je reste coi
Je pass' pour un je-ne-sais-quoi!
Je ne fait pourtant de tort à personne
En suivant mon chemin de petit bonhomme.
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde médit de moi,
Sauf les muets, ça va de soi.

Le jour du Quatorze Juillet
Je reste dans mon lit douillet.
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n'écoutant pas le clairon qui sonne.
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde me montre du doigt
Sauf les manchots, ça va de soi.

Quand j'croise un voleur malchanceux,
Poursuivi par un cul-terreux;
J'lance la patte et pourquoi le taire,
Le cul-terreux s'retrouv' par terre
Je ne fait pourtant de tort à personne,
En laissant courir les voleurs de pommes.
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde se rue sur moi,
Sauf les culs-de-jatte, ça va de soi.

Pas besoin d'être Jérémie,
Pour d'viner l'sort qui m'est promis,
S'ils trouv'nt une corde à leur goût,
Ils me la passeront au cou,
Je ne fait pourtant de tort à personne,
En suivant les ch'mins qui n'mènent pas à Rome,
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout l'mond' viendra me voir pendu,
Sauf les aveugles, bien entendu.
- Texte soumis aux Droits d'Auteur - Réservé à un usage privé ou éducatif.

mardi 13 mars 2007

La ballade des gens qui sont nés quelque part - Georges Brassens

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq il s'en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quand à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c'est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence
La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n'aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
- Texte soumis aux Droits d'Auteur - Réservé à un usage privé ou éducatif.

mardi 16 janvier 2007

Farîd- ud-dîn' ATTAR

Reproche de Dieu à un ami


Un saint personnage, qui trouvait son bonheur en Dieu, s'était livré pendant quarante ans à l'adoration.
Dieu était intimement uni à lui et cela lui suffisait; il aurait cessé d'exister, que c'eût été indifférent pour lui, puisque Dieu n'aurait pas cesser d'exister.



Il possédait un enclos au milieu duquel il y avait un arbre.
Or un oiseau avait fait son nid sur cet arbre.
Le chant de cet oiseau était doux, ses accents étaient agréables; il y avait cent secrets dans chacune de ses notes.
Ce serviteur trouva du charme dans le chant suave de cet oiseau, mais Dieu fît à ce sujet une révélation au prophète de ce temps-là en ces termes : " Dis à ce serviteur qu'il est étonnant qu'après avoir fait jours et nuits toutes ses pratiques de piété, qu'après avoir tant d'années brûlé d'amour pour moi, il ait fini par me vendre pour un oiseau.
Il est vrai que cet oiseau est admirable de perfection, mais enfin c'est le chant d'un oiseau qui t'as dans son filet.
Moi, au contraire, je t'ai acheté et je 'tai enseigné et toi tu m'as indignement vendu.
T'ai-je donc vendu l'achat ? Ai-je donc appris de toi la fidélité ?
Ne te vends pas gratuitement pour si peu de chose; je suis ton ami ne cesse pas d'être le mien.

jeudi 4 janvier 2007

Louis Calaferte

" Méfiez-vous, je suis de taille à mettre les points sur les i, sur les b, sur les h, et même sur les w pour peu qu’on m’y pousse"

Tu t’irises
Tu t’irrites
Tu tyrannises
Tu tire des larmes
Tais-toi

"La poésie est impalpable, insaisissable, elle agresse la sensibilité. La poésie n’a pas à traduire des choses qui doivent être comprises. Elle traduit des images, des sensations, des choses fugaces."

Louis Calaferte, choses dites, entretiens et choix de textes

mardi 2 janvier 2007

Thiéfaine - Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable

J'me sens coupable d'avoir assassiné mon double dans le ventre de ma
mère et de l'avoir mangé
J'me sens coupable d'avoir attenté à mon entité vitale en ayant tenté
de me pendre avec mon cordon ombilical
J'me sens coupable d'avoir offensé et souillé la lumière du jour en
essayant de me débarrasser du liquide amniotique qui recouvrait mes yeux
la première fois où j'ai voulu voir où j'en étais
J'me sens coupable d'avoir méprisé tous ces petits barbares débiles
insensibles, insipides et minables qui couraient en culottes courtes
derrière un ballon dans les cours de récréation
Et j'me sens coupable d'avoir continué à les mépriser beaucoup plus
tard encore alors qu'ils étaient déjà devenus des banquiers, des juges,
des dealers, des épiciers, des fonctionnaires, des proxénètes, des
évêques ou des chimpanzés névropathes
J'me sens coupable des lambeaux de leur âme déchirée par la honte et
par les ricanements cyniques et confus de mes cellules nerveuses
Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'avoir été dans une vie antérieure l'une de ces
charmantes petites créatures que l'on rencontre au fond des bouteilles de
mescal et d'en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de
paradis perdu
J'me sens coupable d'être tombé d'un tabouret de bar dans un palace
pour vieilles dames déguisées en rock-star, après avoir éclusé sept
bouteilles de Dom Pé 67 dans le seul but d'obtenir des notes de frais à
déduire de mes impôts
J'me sens coupable d'avoir arrêté de picoler alors qu'il y a des
milliers d'envapés qui continuent chaque année à souffrir d'une cirrhose ou
d'un cancer du foie ou des conséquences d'accidents provoqués par
l'alcool
De même que j'me sens coupable d'avoir arrêté de fumer alors qu'il y a
des milliers d'embrumés qui continuent chaque année à souffrir pour les
mêmes raisons à décalquer sur les poumons en suivant les pointillés
Et j'me sens aussi coupable d'être tombé de cénobite en anachorète et
d'avoir arrêté de partouzer alors qu'il y a des milliers d'obsédés qui
continuent chaque année à souffrir d'un claquage de la bite, d'un
durillon au clitoris, d'un anthrax max aux roubignolles, d'une overdose de
chagatte folle, d'un lent pourrissement scrofuleux du scrotum et du
gland, de gono, de blenno, de tréponèmes, de chancres mous, d'HIV ou de
salpingite
Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'être né français, de parents français,
d'arrière-arrière... etc. grands-parents français, dans un pays où les indigènes
pendant l'occupation allemande écrivirent un si grand nombre de lettres
de dénonciation que les nazis les plus compétents et les mieux
expérimentés en matière de cruauté et de crimes contre l'humanité en furent
stupéfaits et même un peu jaloux
J'me sens coupable de pouvoir affirmer qu'aujourd'hui ce genre de
pratique de délation typiquement française est toujours en usage et je
prends à témoin certains policiers compatissants, certains douaniers
écœurés, certains fonctionnaires de certaines administrations particulièrement
troublés et choqués par ce genre de pratique
J'me sens coupable d'imaginer la tête laborieuse de certains de mes
voisins, de certains de mes proches, de certaines de mes connaissances, de
certains petits vieillards crapuleux, baveux, bavards, envieux et
dérisoires, appliqués à écrire consciencieusement ce genre de chef-d'œuvre
de l'anonymat
J'me sens coupable d'avoir une gueule à être dénoncé
Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable de garder mes lunettes noires de vagabond solitaire
alors que la majorité de mes très chers compatriotes ont choisi de
remettre leurs vieilles lunettes roses à travers lesquelles on peut voir
les pitreries masturbatoires de la sociale en train de chanter c'est la
turlutte finale
J'me sens coupable de remettre de jour en jour l'idée de me retirer
chez mes Nibelungen intimes et privés, dans la partie la plus sombre de
mon inconscient afin de m'y repaître de ma haine contre la race humaine
et même contre certaines espèces animales particulièrement sordides,
serviles et domestiques que sont les chiens, les chats, les chevaux, les
chè-è-vres, les Tamagochis et les poissons rouges
J'me sens coupable de ne pas être mort le 30 septembre 1955, un peu
après 17 heures 40, au volant du spyder Porsche 550 qui percuta le coupé
Ford de monsieur Donald Turnupseed
J'me sens coupable d'avoir commencé d'arrêter de respirer alors qu'il y
a quelque six milliards de joyeux fêtards crapoteux qui continuent de
se battre entre-eux et de s'accrocher à leur triste petite part de néant
cafardeux
Je me sens coupable, coupable !